Tewehikan Epwamoci Meskanawa 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le territoire

 

Les Attikameks sont établis sur quatre réserves : Obedjiwan, Wemotaci, Manawan et Coucoucache (inhabitée et gérée par Wemotaci). On trouve des minorités en milieu urbain, notamment à Joliette, Roberval et La Tuque.

 

Les Atikamekws, nation de tradition orale, sont issus de la grande famille Anicnape anishnabe ou algonquine. Cette grande famille occupe les territoires qui s’étendent du Nord-est canadien au Sud-ouest américain. Au Québec, la nation Atikamekw occupe la partie centrale de la province. Ses voisins immédiats sont les Wapanakis à l’est, les Algonquins à l’ouest, les Mowaks au sud et les Crees, Naskapis et Innus, au nord.

 

La composition des territoires familiaux atikamekws n’a pas toujours été telle qu’on la connaît aujourd’hui. Historiquement, un clan était associé à un territoire particulier, en raison de l’occupation et l’utilisation des ressources qu’il en faisait. Par la suite, la venue des premiers étrangers et les échanges commerciaux ont incité les membres d’un même clan à se concerter sur l’utilisation et le contrôle des ressources disponibles. L’identité atikamekw est issue de son territoire : Atikamekw Nehirowisiw. Ainsi, certaines façons de dire et de nommer des éléments sont en lien direct avec les ressources que l’on retrouve sur le territoire.

 

L’identité atikamekw dépend également des relations avec les autres, de l’environnement et à la manière de s’adapter à ce dernier. Le terme nehirowisiw réfère à l’équilibre dans le préfixe nehi, le rowi désigne une action ou un mouvement et le suffixe siw indique l’être vivant. Selon Cécile Mattawa, spécialiste en linguistique atikamekw et originaire d’Opitciwan, l’identité Atikamekw Nehirowisiw pourrait se définir de la façon suivante : ” … Nehirowisiw : Celui qui vient du bois, son alimentation y est également décrite, ses outils et équipements, le fait et la manière d’utiliser des ressources, c’est un être indépendant de tous (wir tipirowe ou autonome), son identité englobe aussi ses croyances, son territoire, son mode de vie (Onehirowatcihiwin), son droit inné en tant qu’«indien» ou en tant que Nehirowisiw, les ressources et éléments qu’il adapte à sa vie (par exemple : un «indien» ne peut rapporter ou raconter les bienfaits d’une plante médicinale que si cette plante pousse sur son territoire)…”.

 

La langue Atikamekw 95% des Atikamekw parlent leur langue maternelle. Dans les communautés, ce pourcentage monte à près de 100 %. Certains aînés sont unilingues Atikamekw, de même que la majorité des jeunes enfants. La langue atikamekw est une langue complexe, riche et bien vivante. Elle fait partie de la grande famille des langues algonquiennes, comme le cri, l’algonquin et le montagnais (l’innu). On dit que les aînés arrivaient à se comprendre entre nations.

 

C’est probablement l’éloignement du territoire qui a permis aux Atikamekw de conserver leur langue, contrairement aux Hurons, aux Abénaquis, aux Iroquois et aux Micmacs qui ont été en contact fréquent avec les Européens dès l’arrivée de ceux-ci en Amérique. «L’atikamekw est la langue autochtone la plus vigoureuse au Canada. Le français est la langue seconde des Atikamekw. Certains parlent aussi l’anglais. Mais l’atikamekw reste la langue du cœur et des émotions des Atikamekw. Elle est source d’identité.

 

Les Atikamekw sont de tradition orale. Leur langue a d’abord été écrite par les missionnaires, puis par divers linguistes. Formé en 1986, l’ILA (Institut linguistique atikamekw) a permis la standardisation de l’orthographe atikamekw et sa modernisation en nommant des objets qui n’existaient pas dans leur culture matérielle traditionnelle et qui étaient devenus des objets d’usage courant, par exemple, automobile, ordinateur, télévision, etc. La langue atikamekw est des plus descriptives. Les premiers descriptifs viennent de ce qui fut le cosmos ou de ce que les anciens ont pu en imaginer. Le mot pisimw vient du mot pisiparin c’est-à-dire”éclater” (éclats), on arrive à l’idée d’un “big bang” (thèse soutenue par un groupe scientifique). Le mot pisimw est la traduction du soleil. À la suite de cette explosion, il y a le mot aski diminutif provenant du mot iskaskiteskw qui veut dire braise. Le mot aski est la traduction du mot planète. Selon le langage atikamekw, la planète terre serait donc la braise issue d’un éclat du soleil.

 

La langue atikamekw, tout comme les autres dialectes algonquins ou anishnabes, est très imagée. Par exemple : pour désigner le faucon, ils utilisaient le mot kekekw, c’est-à-dire le son que l’oiseau fait en criant. C’est la même chose pour Ohomisiw pour le hibou, Omikw pour la couleur du sang, mikwawest la désignation d’une de cette couleur primaire. Quand il a fallu nommer des objets nouveaux, ils procédèrent de la même façon. Par exemple : pour le train ickote otapan désignant un véhicule mû par le feu, pour l’automobile ka mactatanawkiparik désignant un objet roulant sur du sable, pour l’avion ka miremakak désignant un objet qui vole, pour l’ordinateur kinokepitcikan désignant une machine qui a une capacité de mémoire, pour l’internet pa mikicikwe pitcikan désignant un appareil permettant de communiquer à travers le temps et l’espace.

 

Les anciens ont respecté cette capacité de dire des choses aux autres humains ou de transmettre des connaissances, des enseignements et leur culture, surtout aux plus jeunes. C’est une culture verbale qu’ils ont nommée “tradition orale”. Il fallait donc toujours respecter ce don que l’homme avait acquis, d’où l’idée que la parole est sacrée.

 

Depuis 1960, la population atikamekw suit une forte croissance. Cette année, coïncide avec la sédentarisation des populations, notamment celles des communautés d’Opitciwan et de Manawan caractérisée par la construction des premières maisons dites “modernes”.

 

À Manawan, on constate que la sédentarisation a commencé avec la construction des écoles et des maisons au début des années 1950. À Opitciwan, ce fut la même chose, sans compter qu’en plus, cette communauté venait d’être emménagée à cet endroit, vers les années 1930, en raison de l’ennoiement de leur village pour l’agrandissement du réservoir Gouin, en vue de hausser la capacité de retenue des barrages, dont celui de La Loutre.

 

À Wemotaci, la vie sédentaire sera plus effective vers les années 1970 ou un peu avant. Avant cette époque, la population de Wemotaci demeurait encore dispersée sur le territoire selon les clans familiaux et les perspectives d’emploi. Les jeunes (0-35 ans) composent aujourd’hui la majeure partie (65 %) de la population atikamekw. Bien que beaucoup moins nombreux (4 % de la population à Manawan), les aînés (60 ans et plus) ont droit à un très grand respect des plus jeunes générations. Ce respect des aînés s’observe d’ailleurs chez la plupart des nations autochtones.

 

La population homme et femme est très bien répartie chez les Atikamekws. Les femmes s’illustrent tout particulièrement dans les secteurs de l’enseignement et de la politique. Des femmes telles qu’ Anna Awashish (élue en 1963 à Opitciwan), Jacqueline Flamand Ottawa (élue en 1970 à Manawan) et Jacynthe Petiquay Quoquochi (élue en 1987 à Wemotaci) ont marqué la vie politique de la communauté. Selon une vieille légende, des animaux ont réalisé un exercice démocratique visant à choisir des candidats appelés à gouverner la nation Atikamekw. Des choix éclairés furent effectués, à la suite d’un long processus de préparation et d’application des principes démocratiques.

 

Les candidatures des animaux indiscrets et indisponibles ont été rejetées, tandis que celles des animaux forts, courageux, braves ou rusés ont été retenues. La gouvernance et l’organisation sociale des Atikamekws trouvent son origine dans le noyau familial (père, mère, enfants et descendants directs) mais également dans la parenté élargie, la communauté et la nation dans son ensemble. Les us et coutumes de la famille, ses codes, ses mesures, ses applications de principes et ses règles viennent guider l’organisation sociale et territoriale et le développement de la nation Atikamekw.

Tewehikan est un mot très fort pour les Atikamekw. Tewehikan signifie “le tout premier battement” ou encore “instrument qui fait le bruit du battement du coeur” ou “tambour”.

 

La signification de Tewehikan est vaste et englobe même le rythme de la terre. Dans Tewehikan on entend le mot coeur : Otehi. 

 

Epwamoci signifie avant et meskanawa signifie les sentiers, les chemins, et éventuellement les rues. 

 

Tewehikan Epwamoci Meskanawa c’est le tambour avant les rues.